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    Dans son édition du 30 juin, l'hebdo gratuit d'Orléans évoque confraternellement la présence du "sulfureux Mourad Guichard" à l'anniversaire du Journal de la Sologne. Entre autres passages de pommade à tout le gratin local ("éclatant", "jovial", "rayonnante"), il salue, en la personne de la rédactrice en chef, "la reine de Chambord" et qualifie la fête de "splendide à l'image du Journal de la Sologne". Si après tous ces efforts, il ne décroche pas un contrat publicitaire...
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10/03/2010

Charles-Eric Lemaignen, l'homme pressé

LIBE FRANCOIS BANDEAU
RÉGIONALES
. Il ne faut pas longtemps au personnel du Conseil Régional du Centre pour trouver un surnom à Charles-Eric Lemaignen, leur nouveau directeur général des services, nommé dans la foulée des élections de 1992. C'est Speedy Gonzales. Ce n'est bien sûr pas son sombrero jaune ou son accent mexicain qui lui valent d'être comparé à la souris des dessins animés, mais au coeur qu'il met à son nouvel ouvrage. (Lire la suite...)

Dans la Lettre d'Octave d'octobre 1993, le journal interne de la Région, on confie à l'une de ses collaboratrices, le soin de réaliser son portrait, sur le thème «s'il était».

CEL-2 Pour la chanson c'est  «I'm singing in the rain» qui, selon elle, traduit le mieux son optimisme à toute épreuve; l'évènement historique, c'est le lancement de la fusée Ariane qui salue sa promptitude au démarrage; la fleur, c'est l'impatience; le personnage TV, c'est Rick Hunter; la devise, c'est «à coeur vaillant, rien d'impossible» et enfin le monument qui est censé lui ressembler, c'est la Tour Eiffel. Rien de moins.

On l'aura compris, un an après sa prise de fonction, Charles-Eric Lemaignen a la cote auprès du personnel de la Région. L'homme est enjoué, volontiers conciliant, et aime par dessus tout expliquer le pourquoi et le comment de ses décisions pour mieux en démontrer la justesse.

Ses traits de caractère, Charles-Eric Lemaignen les doit à sa formation de juriste, à son environnement familial (son père a longtemps été un ponte du barreau orléanais) et à sa fibre d'enseignant. Donner des cours - jusque dans les hémicycles aujourd'hui - est l'une de ses passions, prouvant ainsi que la gauche n'a pas le monopole des profs.

CEL-3 À la Région Centre, le nouveau venu est d'autant mieux accepté qu'il succède à l'infortuné François Lamelot. Ce dernier a remplacé en 1988 le fantasque, mais très apprécié, François Burdeyron. Avant d'arriver à la tête des services de la Région, François Lamelot a fait ses classes dans le Cher aux côtés de Jean-François Deniau. Le très médiatique président du Conseil Général a choisi ce natif de Bourges pour avoir à ses côtés, un adjoint posé et méticuleux, sachant qu'il est lui-même soupe au lait et intrépide. C'est le même homme qui a exercé de 1988 à 1992 ses fonctions à la Région avec un handicap supplémentaire, une sale maladie qui a altéré sa vue, au fil des ans, au point de le rendre aveugle à la fin de sa vie (François Lamelot est décédé en août 2009).

Avec Charles-Eric Lemaignen, les anciens de la maison retrouvent un style de management proche de celui de Burdeyron, un soupçon de professionnalisme en plus et un plus grand souci de suivre les dossiers.

Speedy Gonzales donne la pleine mesure de son talent au moment des conférences de presse. Pressé de convaincre, il parle à toute vitesse ne s'apercevant pas qu'il laisse la plupart des plumitifs sur le bord de la route. Pour corriger ce travers, l'un de ses membres du service de presse a l'habitude de se placer derrière les journalistes pour faire des signes d'apaisement à la machine Lemaignen  en cas d'excès de vitesse.

Avec Maurice Dousset le courant passe. Le président, nouvellement réélu, comprend que l'administration de la Région est bien tenue avec le nouveau DGS, comme elle l'était avec son prédécesseur, mais avec un bénéfique courant d'air en prime.

CEL Agé alors de 39 ans, son super intendant n'a pas encore l'expérience des vieux routiers de la Fonction Publique, mais ses deux premiers postes (à la mairie de Grenoble et à la caisse des Dépôts en région Centre) lui ont déjà donné de solides connaissances. Même s'il n'est pas sorti de l'ENA, comme ses deux prédécesseurs, l'homme est intelligent, curieux et  cerises sur le gâteau, il aime son job et sa région.

Le président Dousset a besoin de travailler avec un filet solide, sachant que sur le plan politique les trous d'air sont au programme.

Les élections du 22 mars 1992 lui ont apporté une majorité relative (32 sièges pour la droite UPF et 25 pour l'opposition PS/PC). Ce rapport de force l'oblige à composer avec les écologistes entrés en force dans l'hémicycle (9 sièges) ou avec le Front National auteur d'une percée remarquée (11 sièges). Par chance pour lui, la famille verte est déjà coupée en deux (les Verts d'un côté, Génération Ecologie de l'autre) et chaque chapelle rêve d'avoir une place à la gauche du Bon Dieu.

Ceci va permettre à la droite républicaine de trouver les alliés dont elle a besoin (moyennant l'attribution de quelques études d'impact richement dotées)  sans avoir à se poser la question piège de l'éventuel recours aux voix du Front National.

IMG_1925 Charles-Eric Lemaignen se tient à l'écart de la cuisine politique que l'on mitonne dans l'hémicycle. La boulimie de projets, émanant d'élus d'une région qui entend s'imposer dans le paysage institutionnel français, oblige les administratifs à cravacher. Ils doivent assurer le «service après vote» et cela suffit à occuper leurs journées. Le nombre d'agents ne cesse de croître pour faire face aux transferts de compétences. D'une centaine en 1992, leur nombre passe à près de 300 au cours de cette mandature.

Charles-Eric Lemaignen délègue avec parcimonie. Il aime tout contrôler, il supervise les embauches, la formation des cadres, et veille à la bonne marche de la boutique. Il hérite de la sale affaire de l'APRC (la caisse destinée aux retraites du personnel administratif). Il cherche à limiter les effets de cette bombe à retardement qui fera en 1997 de gros dégâts (voir portrait de Maurice Dousset). Pour le seconder, Charles-Eric Lemaignen s'entoure de collaborateurs fiables et solidaires: Philippe Sassier (directeur de Cabinet), Olivier de Brabois et Paul Mourier (directeurs généraux adjoints).

Tous les administratifs de cette trempe vous le diront, la vie d'une collectivité serait plus simple si le législateur n'avait pas prévu de renouveler leurs élus tous les six ans au suffrage universel.

Election, piège à cons... Celle de 1998 reste à cet égard, un modèle du genre. Dans le Centre, aucune majorité ne sort des urnes. La droite, à quelques exceptions près, décide de pactiser avec le Front National pour conserver l'exécutif du Conseil Régional.

L'expérience dure 15 jours, le temps pour le Chef de l'Etat (Jacques Chirac) de sonner la fin de la récréation. Charles-Eric Lemaignen et son équipe de gestionnaires vivent cette période comme un cauchemar. Le spectacle donné alors par les politiques est à leurs yeux affligeant. Dans l'assemblée, on s'invective et les plus virulents menacent d'en venir aux mains. Au milieu de cette tempête idéologique, il est difficile de garder son sang froid quand on est du côté de l'administration. On doit tout à la fois assurer la bonne marche d'un TER prêt à dérailler tout en restant à quai pour respecter la sacro-sainte impartialité qui est de règle pour les fonctionnaires ou assimilés.

IMG_8533 Jacques Huguenin, alors directeur du service de presse de la Région, s'enferme dans son bureau en attendant des jours meilleurs. Il s'y croit à l'abri et ne se doute pas que son pire ennemi, qui lui piquera son poste quelques temps plus tard, est à ses côtés. D'autres agitent le chiffon rouge pour inciter les contractuels à prendre partie. M. Muselet (directeur du service environnement) est l'un des plus virulents. Il va de bureaux en bureaux en affirmant détenir la liste des personnels qui seront virés après l'arrivée de la gauche au pouvoir. Elle comporte 130 noms, soit près de la moitié de l'effectif du Conseil Régional.

C'est la panique à bord

François Bordry qui livre chez les élus, un combat sans merci contre l'alliance de son camp avec le Front National, se souvient d'avoir croisé dans les couloirs un Philippe Sassier, pourtant apprécié pour sa modération, très agressif vis à vis de son engagement.

On ne recueille aucun témoignage de cette nature concernant Charles-Eric Lemaignen. Pourtant, son tempérament fonceur et frondeur (mais pas frontiste) aurait pu l'inciter à jouer un rôle actif auprès des sécessionnistes. Il sait aussi que son avenir professionnel est en jeu car, contrairement aux nouveaux élus qui ont la garantie de l'emploi avec un CDD de 6 ans, les cadres de l'administration comme les DGS  sont sur des sièges éjectables en cas de changement de majorité.

Durant les chaudes séances plénières de mars 1998, on voit Charles-Eric Lemaignen à la tribune, assis aux côtés de son ami Bernard Harang, l'improbable président de Région. Il le renseigne et le conseille pour parvenir à un bon déroulement des assemblées dans le respect du règlement en vigueur.
Les interventions publiques de Bernard Harang qu'il co-rédige, traduisent ce souci, et on y trouve aucune envolée lyrique visant à justifier idéologiquement les choix stratégiques du moment.

Bien que son rôle ait été celui d'un professionnel de la gestion administrative, il fait ses valises sans demander son reste.

Charles-Eric Lemaignen aurait dû traverser cet épisode sans trop de dommages pour la suite de sa carrière mais c'est sans compter sur cette idée saugrenue qui le conduit à rejoindre l'une des quatre régions marquées au fer brun, la Bourgogne.

En 1998, son président Jean-Pierre Soisson n'est pas encore le «pochetron» aperçu sur Canal+ dans un reportage du Petit Journal. Il aime déjà à l'époque les bons vins de sa région mais ce qui l'enivre bien davantage, c'est le pouvoir et les façons de le garder.

À droite, à gauche, au centre, l'ancien ministre de Giscard d'Estaing et de François Mitterrand n'a pas son pareil pour se sortir des situations les plus délicates. Comme son ami Guy Roux, l'actuel doyen de l'Assemblée Nationale est passé maître dans l'art d'assurer le maintien, en l'occurrence le sien aux postes qu'il occupe.

Déjà en 1992, il a les «honneurs» des médias en parvenant à se faire réélire président de sa région avec un apport du Front National. Ce précurseur fait taire les moralistes en démissionnant un an plus tard, non par remords, mais pour cumul de mandats!

Dès que la nouvelle destination de Charles-Eric Lemaignen est connue, les commentaires vont bon train. Tous relèvent un point commun entre les régions Centre et Bourgogne, celles d'avoir été le cadre d'un rapprochement entre droite et extrême droite. Dans le Centre, la tentative de co-gestion a vite tourné court, en Bourgogne, elle semble partie pour durer.

On suspecte alors Charles-Eric Lemaignen de vouloir réussir à Dijon ce qui a échoué à Orléans.

À son arrivée dans la capitale de la Côte d'Or, la presse locale l'interroge sur ce point. La moutarde lui monte au nez et  Charles-Eric Lemaignen finit par botter en touche en déclarant à Michel Huvet du Bien Public: «diriger les services d'une région c'est un métier et je suis ici pour l'exercer». Pour couper court à la rumeur, il avance cette motivation: «je souhaite effectivement travailler avec un homme politique de premier plan et Jean-Pierre Soisson me convient pour cela». Cette remarque une fois parvenue dans le Centre est diversement appréciée, on y perçoit une pointe de vanité, notamment chez les amis de Maurice Dousset. Pour eux, l'ancien président n'a certes jamais prétendu être «au premier plan», ce qui ne l'a pas empêché de faire du bon boulot.

Travailler aux côtés d'un homme politique de premier rang, Charles-Eric Lemaignen l'a déjà fait au début de sa carrière lorsqu'il était à la mairie de Grenoble. Le flamboyant premier magistrat d'alors a depuis dégringolé la pente puisqu'en 1998, Alain Carignon est derrière les barreaux. Il y purge une peine de prison après avoir commis diverses escroqueries dans le cadre de ses fonctions.

Cela aurait dû rappeler à Charles-Eric Lemaignen, le girondin pur sucre, que même au sommet, l'air comme les montagnards peuvent être viciés.

À la tête la région Bourgogne, Jean-Pierre Soisson est un homme libre, très libre. Il connait bien son royaume contrairement à Charles-Eric Lemaignen qui a tout à découvrir. Sur les plans du style, des idées comme dans la façon de gérer les hommes et les dossiers, le patron et son adjoint sont aux antipodes.

Le premier a fait ses classes dans le cabinet d'Edgar Faure et peut faire sienne sa célèbre formule :  «ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent», le second est un adepte de la rectitude du maître à penser de sa jeunesse, Charles Mauras. Dans la famille Léotard, Soisson préfère Philippe et Lemaignen, François. À la télé, c'est JR contre Rick Hunter.

Il arrive que les contraires s'attirent. Dans le cas présent, l'effet est plutôt répulsif. Jean-Pierre Soisson qui aime comme son patron (période rose), donner du temps au temps, s'agace vite à voir s'agiter son vibrionnaire DGS.

Notre Speedy Gonzales se demande si c'est le fait d'être en Bourgogne qui explique la vitesse d'escargot de l'exécutif régional! Les priorités de son président le laisse pantois, alors que cette Région est ingouvernable, qu'elle est pilonnée par les médias, harcelée par le préfet, Jean-Pierre Soisson fait dans la haute stratégie.

Il décide, comme première mesure, de rétablir la gratuité des boissons alcoolisées au bar de la Région! Les élus et leurs invités peuvent à nouveau se rincer le gosier à l'oeil, privilège supprimé quatre ans auparavant par le président en exercice, Jean-François Bazin. Beaucoup apprécient la mesure notamment, le leader du Front National, Pierre Jaboulet-Vercherre, célèbre négociant en Chablis.

Charles-Eric Lemaignen, pourtant amateur de bons vins, doit trouver que le populiste pousse le bouchon un peu loin. Le fait-il savoir? Quoiqu'il en soit des consignes lui sont données de se calmer et d'adhérer aux moeurs locales, mais le message est reçu un sur cinq. L'opération «réglons au plus vite cette erreur de casting» est décidé en haut lieu.

Tous les coups sont permis pour saper les bases de l'autorité du DGS et donc son moral. À son arrivée en Bourgogne, ce dernier avait obtenu sur le plan des émoluments et des avantages liés à sa fonction, de substantielles avancées par rapport à ses prédécesseurs. C'est aujourd'hui ce qu'on lui reproche. L'information circule dans les services et dans la presse et alors qu'il n'est pas un homme d'argent,  Charles-Eric Lemaignen se retrouve avec une étiquette de «creuvard».

Le Tribunal Administratif s'en mêle et, à la demande du Préfet, François Lépine (le bien nommé) consigne est donnée de revoir à la baisse ses avantages acquis. Jean-Pierre Soisson profite de l'aubaine pour se séparer avec brutalité (on change sans l'en avertir la serrure de son bureau) de son DGE deux jours avant noël.

Il est officiellement viré le 3 janvier 2000. Comme entrée dans le nouveau millénaire, on peut rêver mieux.

Mais ce bug n'atteint pas Charles-Eric Lemaignen qui est déjà loin. L'insaisissable Speedy est depuis quelques semaines plus souvent sur ses terres orléanaises que dans les marécages bourguignons.

Dans sa précipitation à les quitter, il a même oublié de rendre sa voiture de fonction. Pour Soisson, qui balance l'info, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase!

Comme François Burdeyron, son prédécesseur à la tête de l'administration de la Région Centre, Charles-Eric Lemaignen rêve de devenir un homme politique. Il en a vu de si mauvais réussir, qu'il pense avoir les qualités pour faire carrière.

La fusée Ariane est officiellement sur son pas de tir depuis le 23 novembre 1999, jour où La République du Centre publie une interview de Charles-Eric Lemaignen, avec ce titre: «Mon ambition est d'être maire d'Orléans».

Avant de décrocher ce job, il doit assurer ses arrières financiers. Il créé pour cela une société de conseils aux collectivités locales, et accepte les heures de cours que son fidèle ami Besson, alors président de l'Université d'Orléans, lui propose.

La mise à feu programmée pour 2001 va être contrariée par un autre quadra, tout aussi ambitieux que lui, Serge Grouard.

Pour la petite histoire, on prête à Marie-Christine Chantegrelet, spécialisée dans le choix des réincarnations de Jeanne d'Arc à Orléans le 8 mai, le soin de désigner le challenger à Jean-Pierre Sueur, tenant du titre.

En réalité c'est le parrain local, Serge Bodard, qui fait passer le candidat de son parti, soutenu par Jacques Chirac, avant celui qui incarne le mieux ses vraies convictions politiques et sa fascination pour les grandes familles orléanaises.

Cette primaire de salon est regardée avec amusement car à l'époque chacun pense que Jean-Pierre Sueur est imbattable. La suite prouvera le contraire.

Au soir de la prise de la place de l'Etape, Charles-Eric Lemaignen se voit attribuer comme convenu son lot de consolation, la délicate et impopulaire présidence de l'Agglo.

Il  faut être un peu masochiste pour l'accepter sachant qu'il doit avaler quelques mois plus tard une énorme couleuvre (en forme de suppositoire) qu'on lui impose: la réalisation de la seconde ligne de tramway contre laquelle il s'est toujours battu.

Maso, il faut l'être aussi pour toujours entendre que dans l'orléanais tout ce qui se fait de bien est dû aux 22 communes et tout ce qui va mal est l'oeuvre de la seule Agglo donc de son président.

Ses débuts à ce poste ne sont pas simple. Ses collègues, élus des communes adhérentes à l'Agglo, qui ont connu «l'ancien régime», se demandent qui est cet énergumène survitaminé. Il parle à toute allure la langue «techno» pour leur expliquer qu'ils n'ont rien compris au film et que c'est pour cela qu'ils ont tort de ne pas partager ses points de vue.

Même à droite, on parle avec nostalgie de la rondeur de son prédécesseur et de son sens du compromis, oubliant que ce mot s'est souvent écrit avec un «n».  

Saint Jean-Pierre, priez pour nous...

Comme les grands crus de Bourgogne, Charles-Eric Lemaignen s'améliore avec le temps. Il finit par s'apercevoir qu'une collectivité ne se gère pas avec les méthodes de DGS, si efficace soit-il. Il lui arrive d'admettre s'être trompé et il sait d'expérience que la recherche du consensus demande de la diplomatie plus que du brio.

De nouvelles élections régionales interviennent en 2004. Pour Charles-Eric Lemaignen, l'affront de 1998 doit être lavé, à condition de s'en donner les moyens. L'annonce que Serge Vinçon est tête de liste de la droite et non pas Hervé Novelli, est pour lui une erreur stratégique. Comme c'est un battant, il ne laisse pourtant à personne le soin de mener la liste de droite dans le Loiret. Pour sa composition, on lui dicte en grande partie ses choix. Il accepte d'écarter Bernard Harang à la condition de faire de même avec François Bordry. Renvoyer dos à dos les adversaires de 1998, aura pour effet de déplaire aux deux camps! Eric Doligé impose son homme lige, Marc Andrieux, et Paul Masson fait de même avec Monique Bévière.

Le maire d'Orléans veut placer deux côtés de son carré Hermès (Anne d'Aux et Aude de Quatrebarbe) et on accepte l'entrée en politique de Jerry Gras pour animer les soirées de campagne.

Réussir un bon score avec une pareille équipe relève de la mission impossible. Et comme si elle n'était pas assez plombée, on lui ajoutera quelques centristes (ex-Modem) entre les deux tours.

La gauche ne se gêne pas pour rappeler à la droite sa tentative de collaboration avec le Front National survenue six ans auparavant et qui choisit-elle comme tête de turc pour évoquer cette tentative? Charles-Eric Lemaignen. Certes, on ne prête qu'aux riches mais on peut penser que le chapeau – taille sombrero - qu'on lui fait porter est un peu grand pour lui.

Cette focalisation sur un seul homme évite d'ailleurs aux véritables acteurs de l'opération 98, de rendre des comptes et notamment celles et ceux qui ont accompagné Bernard Harang jusqu'au bout de son rêve, en acceptant une place dans l'exécutif du Conseil Régional aux côté des élus de FN. On retrouve, six ans plus tard, dans les listes UMP, les Guy Vasseur, Daniel Guéret, Jean-Louis Hay, ou Marc Andrieu.

Elu dans les rangs de l'opposition, Charles-Eric Lemaignen s'astreint à porter, à chaque fois qu'il le peut, la contradiction à la majorité en place. Sa connaissance des dossiers et son caractère bucheur font de lui l'opposant le plus résolu à Michel Sapin. Il est d'autant plus écouté (à défaut d'être entendu) que son camp manque cruellement de leaders, la plupart de ses têtes de listes ayant quitté le navire régional après le naufrage.

Le départ de la présidence de  Michel Sapin en avril 2007 le prive d'un adversaire à sa taille et celle de son successeur, François Bonneau, semble le démotiver.

Charles-Eric Lemaignen est appelé sur d'autres fronts, les élections municipales sont programmées pour 2008 et il doit veiller au grain pour conserver sa casquette (modèle casque blindé) de président de l'Agglo.

Mission accomplie. Arrivent ensuite les élections présidentielles  avec le succès de son candidat.Toujours soucieux de faire jeu égal avec son collègue Grouard, il postule à une investiture pour les élections législatives. Il n'est pas seul dans ce cas, c'est même le trop plein. Contrairement à son collègue Montillot,

Charles-Eric Lemaignen se veut légaliste et il devine les risques d'une aventure kamikaze. Il accepte à regret de ne pas participer à la fête  des législatives laissant, à un nouveau rival, Olivier Carré en être l'heureux élu.

Pour 2010, les cartes sont rebattues pour la nouvelle partie des régionales.  Son ami Novelli est en haut de l'affiche et il ne peut pas faire moins que de désigner

Charles-Eric Lemaignen comme tête de liste du Loiret. Ce serait à ses yeux la juste récompense de l'obscur travail d'opposant fourni à la Région  depuis six ans et son renoncement au moment des législatives.

Las, le parrain du Loiret, Eric Doligé a quelques comptes personnels à régler avec la mairie d'Orléans et faute de pouvoir se payer la tête de son principal ennemi Serge Grouard, il s'offre celle de son adjoint.  

Comble de la vexation, il oblige Charles-Eric Lemaignen à se ranger derrière la plus falotte des têtes de listes que l'on puisse trouver, Catherine Soullie.

Les sondages sont mauvais, et comble de l'ironie politique, on en vient à penser que les travaux du tramway auront un impact négatif sur le vote des orléanais... comme en 2001!

Vous avez dit maso?

F.P.

> Toutes les chroniques de François Puyo à retrouver dans les rubriques Politique et Élections Régionales de LibéOrléans

Commentaires

Je viens seulement de lire le paragraphe me concernant sur les régionales de 1998. Voici mes commentaires :
- Je ne me suis jamais enfermé dans mon bureau au lendemain de l'élection. Ce que j'ai dit à F. Puyo, c'est que j'ai donné consigne au Service de Presse de la Région, durant cette période d'incertitudes, de faire preuve de la plus grande réserve, neutralité, honnêteté, à l'image de ce que nous avions fait sous les mandats de Maurice Dousset : rapporter fidèlement les décisions prises par l'assemblée régionale sans se livrer à un panégyrique de tel ou tel élu, y compris le Président Dousset, qui pourtant était un homme ouvert, cordial et "bosseur". Je ne suis pas resté enfermé, chacun s'en souvient, j'ai seulement incité mon service à rester l'arme au pied, en attendant de voir qui serait le prochain Président...
- Par ailleurs, je conteste l'affirmation selon laquelle j'aurais eu mon "pire ennemi" à la région, dans un bureau à côté du mien. Ce que j'ai dit et confirme en revanche, c'est que les états d'âme ont été nombreux au cabinet au sein duquel je travaillais. Certains ont pensé sauver leur poste en souhaitant que la majorité sortante garde les commandes grâce aux voix du FN, d'autres en faisant les yeux doux à la nouvelle majorité de Gauche. C'est vrai que j'ai été déçu par l'attitude "militante" de certains, prêts à tout pour garder leur job.
Pour ma part, j'ai appliqué ce conseil d'un élu démocrate de l'assemblée sortante : faire preuve de réserve et de patience, en espérant que la Raison l'emporterait dans cette "cuisine" peu appétissante de lendemain d'élection.

"Quoiqu'il en soit, une fois de plus, un vrai régal que cette chronique."
C'est effectivement un vrai travail littéraire, fait avec empathie mais pas avec servilité.
Merci à François Puyo que je ne connais pas mais qui sait "faire sentir" la réalité de ses personnages.


Le portrait de l'homme me parait juste, pour moi qui le connait tout de même assez bien.

CEL est passionné, bûcheur, et plus maladroit que méchant.

J'aime beaucoup la chute, fort juste, elle aussi, sur C. Soullie !

Faire le portrait de quelqu'un et n'en retenir que des aspects positifs et laudateurs, ce n'est pas manichéen, Xav, c'est propagandiste !!!

J'avais beaucoup aimé les précédentes chroniques, mais là...

Ainsi donc, CEL aurait pâti d'avoir été si mal dirigé et/ou devancé ? (Carignon, Harang, Soisson, Grouard, Vinçon...)
Quel ironie pour un homme qui ne se voyait que n°1 !


Il faut parfois renoncer à écrire sur des êtres ou des événements qui nous sont trop chers.

Dousset avait besoin d'un filet solide dites-vous : quel bon choix ses 2 précédents patrons Carrignon et Noir ont fini en taule et lui n'était au courant de rien ...
Comme dans les tractations avec le FN c'est par mégarde qu'il s'est retrouvé à Dijon .
IL en est reparti avec la voiture de service par inadvertance ...
Quelle saga !!!

Pas d'accord avec Pasco. A part sur la longueur de l'article, du coup, le plaisir est encore meilleur.

Plus qu'un panégyrique, j'ai lu le destin du picaro, lequel n'a pas su s'empêcher de laisser traîner le doigt dans la soupe, bien souvent brûlante. Assez pathétique.

Évidemment, à ce récit picaresque manque la hauteur du personnage, devenu sage, qui lance un regard rétrospectif sur sa vie, en démontrant qu'il s'est enfin assagi.

Mais CEL n'est certainement pas au bout de son parcours.

Quoiqu'il en soit, une fois de plus, un vrai régal que cette chronique.

Parce que faire le portrait de quelqu'un et en relever ses qualités donne forcément dans la partialité ?

Vous vivez dans un monde trop manichéen mon cher Yves.

Qu'il est bien long, ce panégyrique !!!
Tout Lemaignen il est beau, tout Lemaignen il est gentil, c'est juste les autres qui sont des méchants !!!
Plutôt partial et partisan, ce portrait, non ? Ou alors, c'est le coeur de François Puyo qui penche à droite, comme on avait pu s'en apercevoir précédemment...

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