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12/02/2010

Bernard Harang, droit dans ses bottes

LIBE FRANCOIS BANDEAU
RÉGIONALES
. «Mais pourquoi tant de haine...?». Près de douze ans après les faits, Bernard Harang ne comprend toujours pas pourquoi il s'est retrouvé le 21 mars 1998 à la une de Libération aux côtés de Jacques Blanc, Charles Millon et Jean-Pierre Soisson, sous l'unique titre: «Honte». Il cherche les raisons qui ont poussé près de 10.000 orléanais à descendre dans la rue, en scandant: «le fascisme ne passera pas» (et accessoirement «Harang-sort»). Il s'émeut encore d'avoir vu les murs et les volets de sa maison taggés, reçu par dizaines des menaces de mort par téléphone et appris que sa fille a été chassée du campus de Tours. Et de chercher, en les énumérant les autres crimes qui soulèvent autant d'émotions et... ne pas en trouver. (Lire la suite...)

B harang Bernard Harang n'en démord pas, son élection en 1998 à la tête du Conseil Régional n'est pas un putsch préparé de longue date par un quarteron de militaires factieux.

Il s'amuse d'ailleurs à rappeler que le seul militaire de la bande ( ancien membre des services secrets), Yves Fromion (élu RPR du Cher) a fui les combats dès que les premières balles idéologiques ont sifflé. Il garde d'ailleurs un goût amer de sa capitulation. Il lui fait d'ailleurs porter le béret de l'échec d'une opération visant à trouver, auprès du Front National, les voix qui manquent à la droite pour constituer une majorité et ainsi priver la gauche de son succès.

Pour Bernard Harang, le vrai fauteur de troubles est à chercher du côté des responsables qui ont concocté le pernicieux système électoral (proportionnel à un tour) en vigueur à l'époque. Le Front National en a rêvé, la gauche le lui a offert pour mieux piéger la droite.

Résultat, dans la Région Centre et dans plusieurs autres régions de France, le parti de Jean-Marie Le Pen avec moins de 15% des voix est devenu le passage obligé pour gouverner «à droite»...

La Région Centre est à cet égard un cas d'école. Cette issue est à ce point prévisible qu'elle est au cœur des débats de la campagne électorale. Pressé de questions, Renaud Donnedieu de Vabres, tête de liste de la droite annonce très tôt qu'il renonce à la présidence de la Région s'il doit l'obtenir avec les voix du Front National.

Cette position n'est pas partagée par tous ses colistiers, loin de là. D'aucuns se souviennent que trois ans auparavant les triangulaires, lors d'élections législatives avec le Front National, ont coûté de nombreux sièges à la droite.

Bernard Harang fait partie de ceux-là. Lorsque le verdict des urnes tombe il fait - après d'autres - acte de candidature voyant que Renaud Donnedieu de Vabres tient ses engagements.

Où finit le compromis avec le Front National et où commence la compromission? Bernard Harang assure encore aujourd'hui que les idées xénophobes et racistes de l'extrême droite lui sont totalement.... étrangères. Pour lui, être élu avec les voix du parti d'extrême droite, n'est pas synonyme d'allégeance ni le risque d'en devenir l'otage. Et de rappeler ses états de services pour justifier sa démarche.

Élu influent de la Région depuis 1986, chantre du libéralisme et adversaire résolu des politiques de Pays et autres saupoudrages des subventions, Bernard Harang est fier d'avoir défendu durant six ans, ses idées. Il assume, tout en exerçant son droit d'inventaire, le bilan de Maurice Dousset. Il rappelle qu'au cours de la précédente mandature, l'exécutif a trouvé des majorités hors de ses frontières. Des élus de gauche comme des écologistes ont servi d'appoint et en cas de besoin, Paul Masson ou Yves Fromion savaient obtenir du Front National sa bienveillante abstention. Bernard Harang se croit capable de poursuivre cette politique à géométrie variable à la condition de garder les clés de la maison Centre. L'ancien chasseur Alpin croit pouvoir, dans ces conditions, appliquer la devise de son régiment «quand on tient le haut, on tient le bas».

Certes, mais n'est pas Maurice Dousset qui veut et le vote d'une délibération n'a pas la même incidence que la désignation d'un président d'assemblée et la définition d'un programme de gouvernance.

Bernard Harang admet le premier point mais continue à penser qu'il avait les moyens politiques de contenir le Front National à un rôle de force d'appoint. L'histoire ayant tourné court, les preuves font défaut.

Le doute est permis quand on sait que le Front National n'a pas alors l'intention de faire de la figuration. Il entend même monnayer son soutien en obtenant des postes de responsabilités dans plusieurs commissions et la garantie que des points importants de son programme seront réalisés au cours de la mandature. Quand on se souvient de l'intransigeance d'une Marie-France Stirbois, on se dit que Bernard Harang aurait eu bien du mal à passer outre les exigences de ses encombrants alliés.

Harang et MCC À côté de ce discours stratégique (tenu aux mêmes heures par Jean-Pierre Soisson en Bourgogne ou Charles Baur en Picardie) s'élèvent dans la nouvelle assemblée régionale des voix beaucoup moins distanciées vis à vis des idées du Front National et de ses élus. Autour de Bernard Harang, les Annick Courtat, Marie-Thérèse Allain, Franck-Thomas Richard, Patrick Serpeau, Guy Vasseur, ou Yves Fromion, n'ont pas d'états d'âme à cogérer la région Centre avec le Front National. Les plus ultras de cette opération trouvent d'ailleurs Bernard Harang bien timide dans ses prises de paroles durant ses quelques jours de présidence.

Erreur de casting? Oui, si l'on se souvient que le scénario initial prévoyait de donner à Yves Fromion, le premier rôle. C'est à ce titre qu'il a participé, quelque temps avant le scrutin du 15 mars, à une garden party au château de Maupas (Cher) à l'invitation du marquis des lieux. Un autre sang bleu était là, le Comte Jean d'Ogny, propriétaire du château de la Chapelle d'Angilon. C'est un dirigeant influent du Front National, il connait bien la maison étant conseiller régional depuis 1992... À cette époque, Bernard Harang, le roturier, n'est pas convié à cette réunion n'étant pas pressenti pour occuper le trône de la Région.

Si le bulldozer Yves Fromion avait tenu ce rôle, aurait-il tenu plus longtemps que le cabriolet Harang? On ne le saura jamais puisque l'intéressé a préféré quitter le champ de bataille aux premières heures du combat.

Une fois descendu de son perchoir, Bernard Harang assume son mandat en devenant, pendant six ans, l'un des contradicteurs les plus actifs de Michel Sapin.

Il conserve autour de lui les acteurs du 20 mars. Ce regroupement se fait d'autant mieux que les autres formations ne souhaitent pas (trop vite) accueillir les nouveaux pestiférés.

Tous espèrent pourtant repartir en 2004 dans le sillage de la tête de liste de leur cœur, Hervé Novelli.

Les états majors parisiens lui préfèreront Serge Vinçon. Avec lui, Bernard Harang et quelques-un(e)s de ses ami(e)s resteront sur le bord de la route.

Le fugace président de la Région cherche en 2004 à réussir un ultime pied de nez en retournant à l'assemblée régionale avec l'étiquette des chasseurs comme avait pu le faire en 1998 son ami François Caré. Patrick Serpeau, dans l'Indre, réussit cette tentative de camouflage en prenant la tête d'une liste CPNT. Mais les nemerod du Loiret n'ont pas attendu le battu de 1998 pour conduire la battue. Ils choisiront comme chef de meute, Olivier Corre qui ne s'est pas privé de rappeler à l'auteur de cette tentative de queue de poisson, le dicton selon lequel «qui reste en chasse garde sa place». A noter que les chasseurs rentreront, de ces régionales, bredouilles.

Aujourd'hui, Bernard Harang se dit «rangé des voitures» pour ce qui est de la politique active.

La formule ne s'applique pas à sa vie professionnelle puisqu'il continue avec bonheur à proposer aux amateurs fortunés des bolides de rêve.

L'épisode de 1998 est encore très frais dans sa mémoire et il ne risque pas de tomber dans l'oubli puisqu'il n'y a pas une journée où il ne rencontre pas un Orléanais pour lui en parler. Sur le ton du reproche? «Pas du tout, au contraire les gens regrettent ma décision et ne comprennent pas ma démission».

Sur le plan des idées, Bernard Harang reste droit dans ses bottes et le sachant,  le Père Noël lui a apporté le livre de Charles Gave «Libéral mais pas coupable».

F.P.

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Rappel chronologique des évènements d'une folle quinzaine :

- dimanche 15 mars: unique tour des élections régionales, avec 34 sièges contre 30, la gauche (et extrême gauche) est déclarée vainqueur de ce scrutin, le FN avec 13 sièges est en position d'arbitre.

- lundi 16 mars : réunion au Novotel d'Orléans de la plupart des élus de droite. Leur chef de file, Renaud Donnedieu de Vabres, annonce ne pas briguer le mandat de président. Décision est prise à une écrasante majorité d'opérer un rapprochement avec le groupe du FN. Alain Tanton (Cher), rival d'Yves Fromion, déclare sa candidature à la présidence. Il se porte candidat pour aller négocier avec le FN, les termes d'un accord. S'engagent à ses côtés : Marie-Thérèse Allain, Annick Courtat et Yves Fromion.

- mardi 17 mars : une délégation du Front National rencontre au domicile parisien d'Yves Fromion les représentants de l'UDF et du RPR désignés la veille. A la même heure, François Bordry tient une conférence de presse pour expliquer l'envers du décor.

- mercredi 18 mars : nouvelle réunion UDF/RPR à la Région pour préciser les contours de l'alliance avec le Front National. François Bordry en est exclu.

- jeudi 19 mars : crise au sein de la droite, Alain Tanton retire sa candidature, Annick Courtat propose la sienne et c'est finalement Bernard Harang qui est désigné.

- vendredi 20 mars : premier jour de session de la nouvelle assemblée. Election de Bernard Harang au poste de président au troisième tour de scrutin avec les voix de l'UDF du RPR ( moins 7 abstentions) et du FN.

- lundi 23 mars : deuxième jour de session. Désignation des membres de la commission permanente. 12 UDF/RPR et 8 FN sont élus.
Démission d'Yves Fromion du Conseil Régional sur ordre de Philippe Seguin.

- mercredi 25 mars : manifestation dans les rues d'Orléans.

- vendredi 27 mars : après avoir enregistré de nombreuses démissions de membres de la commission permanente, Bernard Harang ( exclu entre temps de l'UDF) estime ne pas avoir les moyens de gouverner et présente sa démission.

- lundi 6 avril : Michel Sapin est élu président de la Région, la droite en plein trouble, ne présente pas de candidat.

Commentaires

Tiens!!!!!
Je me souviens,moi,qu'à la la manifestation anti Harang à Orléans (et à celle anti-Courtat à La Ferté),il y avait beaucoup de tricolore et de Marseillaise
parce chacun disait qu'il ne fallait pas les laisser aux fafs de ta sorte!!!!
On n'avait pas souvent vu autant de monde dans les rues d'Orléans et de la Ferté!!!

je me souvient de marie france stirbois chantant dans le conseil regionale avec nous militants nationalistes le chant des partisants façe a une gauche et extreme gauche remplis de haine .aussi mon ami alain s piquant la banderolle de ras le front a leur nez et a leur barbe quel plaisir nous avons eu a la detruire parmis nos amis nationalistes .et mr sapin (mon beau sapin roi des foret...)ceux qui furent present saves de quoi nous parlons.

Hélas, quand le Harang sort, les maquereaux restent et sont toujours là, en bancs serrés autour du poisson pilote...
Comprend qui veut !

Mais, "Basile", il ne faut pas seulement attendre "que les consciences se réveillent", il faut agir et les y aider par tout un travail d'explication.

Pour "Lame de fond", il existe encore UN gaulliste sur Orléans, je le connais, je le respecte et je l'aime bien (malgré sa connexion Internet archaïque...).

L'extrême droite a été chassée par les Orléanais de la région. Mais quelques années plus tard, ils l'installent à la mairie sous le respectable sigle d'union de la droite UMP, Modem...et Lemaignen a ressurgi de sa boîte avec Novelli dont on connaît le parcours...L'histoire pourrait se répéter à moins que les consciences se réveillent comme elles l'on déjà fait.

je me rapelle de cette grande manifestation a travers tout Orleans...

J'étais encore gamin lors de cette manif mais c'était marrant parce que ça a fait parti des évènements qui m'ont écoeuré de la politique et donner envie de cracher sur celle-ci.


Jean Verdon qui avoue que les néo-libéralistes sont bien plus aptes à se mélanger avec ses amis plus qu'à droite c'est pas étonnant non plus, et vu que les gaullistes n'existent plus vous devriez songer à rentrer dans une coalition, en Italie ils sont passés outre ce tabou et les choses sont beaucoup plus claires...main dans la main (quand elle n'est pas levée à la romaine...)

Ce qui est trop peu souligné dans cet article, c´est le lien idéologique entre Harang et Novelli, membres tous les deux de "démocratie" libérale. Ce parti ultra libéral était dirigé par d´anciens membres d´Occident et du Front National tels que Madelin, Longuet, et Novelli.
Pour mieux connaitre, les fondements politiques de Novelli, on ne peut que conseiller aux habitants de la région Centre la lecture du lIvre "Génération Occident - De L'extrême Droite a La Droite - de Frédéric Charpier aux éditions du Seuil.

@minjack:il semble à la lecture de ces commentaires que ce F.P soit aussi mauvais journaliste que Mourad:Vous voilà comblé,deux incompétents sur libé à vous farcir pour le prix d'une connexion.Il va nous faire une petite érection le minijack.
A bientôt et avec humour comme d'hab(faut les ménager nos anciens).
Yves Bodard

Moralité: il a quitté la politique comme un vieillard en sort.

Permettez-moi de vous dire que la relation des faits est très approximative, parfois fausse et manque d'informations fiables. Par exemple, au domicile parisien d'Yves Fromion, il n'y avait que Marie-France Stirbois et moi-même... Personne de l'UDF.

Ce n'est que quelques jours plus tard qu'avec Marie-France Stirbois nous avons rencontré, dans un bar parisien, une délégation RPR-UDF dont vous ne semblez pas connaître l'exacte composition. Peu importe... De même sur les prétendues exigences du FN. Elles sont le fruit de votre imagination. Personnellement, ce que je retiendrai de cet évènement, c'est le courage d'un certain nombre d'élus, en particulier ceux de Démocratie Libérale et la lâcheté de ceux du RPR

Cordialement,

Jean Verdon

Monsieur Harang a-t-il perdu la mémoire ,ou veut-il qu'on lui fasse un dessin?
Oui,nous étions dans cette manif nocturne,indignés à l'idée que notre région puisse être une de celles qui aurait pu être cogérée par le droite classique et le FN,dont une des têtes de listes était le sinistre Malaguti,ancien milicien.Quelle honte!Le Harang en question a-t-il mesuré ce que ça pouvait signifier pour nombre d'Orléanais,à la mémoire longue?
Si je déplore les coups de téléphone menaçants et les tags,je m'étonne de la naiveté réelle ou feinte du Harang ....Croyait-il donc que nous allions laisser faire ça????????

Mais qui est donc ce F.P. qui écrit si bien et si drôlement ? Mourad en vacances ?

Avez-vous oublié le rôle important joué dans cette opération RPR-FN par le Directeur-Général des Services de La Région M Charles-Eric Lemaignen actuel n° 2 de la liste du Loiret , Président de L'Agglo Maire Adjoint D' Orleans , Avocat ? ou projettez-vous de nos narrer son départ précipité , ses aventures , ses déboires et son éviction en terre RPR-FN de Bourgogne.

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