Jean-Pierre Sueur promeut le «postmatérialisme» de sa divine Martine
MANIFESTE. Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret et ancien ministre, décortique la notion de «postmatérialisme» que Martine Aubry - dont il est l'un des principaux soutiens - avait livré dans une contribution à nos confrères du Monde dans leur édition du 4 juillet 2009. LibéOrléans reproduit, in extenso, le verbatim de «JPS» paru dans le quotidien Libération du 17 août 2009. (Lire la suite...)
«C’est un mot qui est presque passé inaperçu. Dans une interview du 4 juillet au journal le Monde, Martine Aubry a déclaré: «Nous devons inventer le postmatérialisme.» Puisque chacun déplore la vacuité des considérations égotistes au sein du Parti socialiste et que c’est le fond qui manque le plus, essayons d’analyser ce mot nouveau. Que peut-on entendre par «postmatérialisme» ? Je suppose qu’il ne s’agit pas de déclarer dépassés les nombreux courants philosophiques, d’ailleurs composites, qui, depuis Démocrite, s’opposent à toutes les formes de l’idéalisme philosophique. Ce serait un long débat dont je ne suis pas sûr qu’il puisse susciter un consensus chez les socialistes. Je suis sûr, en revanche, que nous aurions tort de récuser l’apport de tous ceux qui, au XIXe et XXe siècles, ont exposé que la vie des hommes et des femmes, mais aussi leur idéologie, leurs représentations, leur rapport au pouvoir étaient, pour une part non négligeable, déterminés par les conditions concrètes de leur existence matérielle.
Et cela même si nous n’ignorons rien des désastres théoriques et pratiques engendrés par les théories qui reposaient sur la croyance en un déterminisme absolu entre les conditions matérielles de l’existence et les choix individuels et collectifs des hommes et des femmes. Les conceptions mécanistes de ces relations sont antinomiques de l’idée même de liberté.
Nous avons donc toutes les raisons de pourfendre ces conceptions et tous leurs avatars, et il faut assurément être postmatérialiste si l’on vise ce matérialisme-là. Une remarquable illustration nous en a été donnée par les tentatives récentes de mise en pièce de la psychanalyse au profit des thérapies cognitivo-comportementales et d’une instrumentalisation des neurosciences. La vague de scientisme, de comportementalisme et d’hygiénisme à laquelle nous avons assisté n’était finalement pas éloignée des conceptions de ceux qui considéraient jadis que le cerveau produisait la pensée comme le foie produit la bile. Défendre la psychanalyse, c’était, en l’espèce, défendre l’idée que le conscient et l’inconscient ne se réduisaient pas à être les produits de causalités physiques et biologiques.
On peut aussi définir le postmatérialisme comme un modèle social qui dépassera l’actuelle société de consommation. Martine Aubry s’y réfère explicitement dans son interview lorsqu’elle propose «une société qui s’intéresse au bien-être et au bien vivre ensemble, et pas seulement au bien avoir», renvoyant ainsi à la distinction entre «l’être» et «l’avoir» qui fut chère aux penseurs qui se réclamaient du personnalisme.
Nous savons bien sûr que nombre d’êtres humains sont aujourd’hui exclus de cette société de consommation. Le fait, pour tous ceux-là, d’accéder a davantage d’«avoir» n’est pas indifférent, et est même une condition, pour «mieux être», ce qui renvoie au combat pour la justice sans lequel les socialistes n’ont pas de raison d’être.
Cela étant dit, comment ne pas voir, en effet, les ravages que produit la marchandisation croissante de notre temps et notre espace.
Le temps: avec la loi étendant l’obligation de travailler le dimanche, c’est la société du caddy qui triomphe.
L’espace: il suffit pour en être convaincu de constater l’un des principaux sinistres urbanistiques des cinq dernières décennies, à savoir la réalité de nos entrées de ville qui sont devenues partout une accumulation d’objets, toujours les mêmes, juxtaposés dans l’espace. Ici, l’architecture est devenue l’enseigne. La loi de la marque s’impose. Et lorsqu’on parcourt ces kilomètres de zones commerciales qui mènent à nos villes, on assiste à l’exacte réalisation de la prédiction de Karl Marx - un auteur un peu délaissé - pour qui le temps viendrait où le règne et la loi de la marchandise façonneraient et structureraient l’espace physique réel. Nous y sommes.
Alors oui au postmatérialisme dès qu’il s’agit de combattre l’injustice et, du même mouvement, repenser l’usage social et sociétal du temps et de l’espace. S’il serait absurde et délétère de rompre avec les idéaux des XVIIIe et XIXe siècles qui fondent les notions de progrès et de l’émancipation de tout être humain, on voit bien qu’on ne construira pas la société progressiste du XXIe siècle, celle de l’après chute du Mur, sur tout ce qui a péri au XXe siècle. Revenir aux fondamentaux, c’est justement indispensable pour rompre avec les vieilles lunes, les habitudes, la non-pensée et les prêts-à-penser.
Voici donc le temps de la philosophie et du travail humble. Jean Jaurès a écrit une thèse de 430 pages qui s’intitule De la réalité du monde sensible - un sujet qui n’est pas sans rapport avec l’objet qui nous occupe - dans laquelle on lit cette phrase qui dénonce si justement la tentation égotiste: «Il n’est peut-être pas de philosophe, si convaincu qu’il soit que le monde n’existe que par la liaison harmonieuse de toutes ses parties, qui ne soit tenté bien souvent, en se séparant de tout, de se réduire lui-même à une sorte de néant.»
Par Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, ancien Ministre.



(...) Les sociaux démocrates sont en train de s'éteindre en Europe et c'est bien fait pour leurs gueules vu le mépris qu'ils ont envers le peuple. Puis bon faut qu'il arrêtent de citer Jaurès à tout va, parce que le Jeannot lui il aurait eu le cran de dire qu'on ne vit plus en démocratie, que les 4/5 de l'opinion publique est contrôlée par des médias, ou que des gens sont enfermés dans des camps pour leurs origines, qu'on empêche les vrais opposants de s'exprimer et j'en passe..., rien à voir avec cette branlette technocratique.
Rédigé par : Lame de fond | 24/08/2009 à 16:45
Le déterminisme ennemi de la liberté ?
Quelle erreur !
le déterminisme est un principe employé pour produire de la connaissance. Cette connaissance permet de comprendre la réalité.
Appliqué à la compréhension de l'organisation de la société il doit permettre de comprendre le fonctionnement de la société.
Le déterminisme n'est en aucun cas un principe d'organisation de la société donc il ne s'oppose pas au principe de liberté.
Quand on dit que nos choix politiques ont une cause matérielle (notre situation sociale, économique etc.) cela n'a pas pour conséquence qu'on ne peut pas faire le projet de transformer notre vie, notre société afin d'aboutir à plus de liberté, égalité, fraternité
Au contraire connaissant les causes on peut travailler à imaginer des mécanismes annulant les causes.
Rappellons qu'au 19-ième siècle la théorie de la dynamique de Newton selon certain nous interdisait soit-disant de faire voler un engin. Heureusement que les frères Wright n'ont pas tenu compte de cet avis. Aujourd'hui au contraire on sait que l'avion est une machine qui crée une force opposée à la gravitation et que c'est en s'aidant de la théorie de la dynamique qu'on fait voler des avions et qu'on envoie des satellites vers Mars.
Comprendre à l'aide du déterminisme la domination des uns par les autres permet d'imaginer des machines politiques qui annulent cette domination donc qui créent de la Liberté.
Rédigé par : promeneur | 23/08/2009 à 14:08
il DIT cela seulement maintenant ? qu'a t-il fait pour lutter contre les entrées de ville quand il était maire ? rien. Que fait son grand copain Germain à Tours ? IL reprend avec l'aval ds écolos le projet d'urbanisation du vieux Royer dans la zone des Deux_Lions, coulage de béton and co, des dizaines d'immeuble à perte de vues, une zone commerciale à la place de jardins ouvriers. 2500 véhicules à l'heure
Ce type est un grand comédien
Rédigé par : jean cogne | 22/08/2009 à 19:25
Pierre Moscovici dans son interview sur France Inter - 12/08/09 propose que le PS recrute des professionnels de la politique.
ce texte de Jean-Pierre Sueur justifie pleinement cette inquiétante proposition.
Rédigé par : Jean du MoDem | 21/08/2009 à 19:57
Soyez pas méchants avec Martine et toutes ses aventures qui en ont fait rêver plus d'un de mon âge (et sa petite culotte blanche)...
Comment mieux essayer de refouler toute pensée révolutionnaire qu'en prétendant la dépasser pour la sublimer et ainsi accomplir le Grand dessein pour lequel le Grand Babu fut créé (par Pierre Dac et Francis Blanche) ?
Ah, si je ne me retenais, je me mettrais à parler comme JPS...
Du passé faisons table rase ? Et oublions qui a décidé et fait quoi durant les "cinq dernières décennies" ?
Juste pour pouvoir encore et encore répéter "Marx est mort, pas d'espoir, no futur !"
Donc, inutile de réclamer - pauvres égoïstes - une augmentation du SMIC ? Mais pour en faire quoi ? Consommer plus ?
Meuh non, JPS vous propose un concept neuf, novateur et - faut-il le dire ? - Révolutionnaire : le "travail humble" !
Opposition frontale, brutale et violente au "Travailler plus pour gagner plus" !
Je frémis déjà en imaginant tous ces mouvements de foule scandant "Je suis humble, je travaille !"
Les sans emploi, eux, pourront sans regret, sans doute et sans vergogne profiter de "la société du caddy qui triomphe"...
Même pas envie de sourire, mais, avec de tels amis, je comprends mieux le départ de Fansolo.
Allons, Marcel, ne pousse pas le bouchon et sers m'en une, j'arrive !
Rédigé par : Yves Pasco | 21/08/2009 à 16:09
Sueur, principal collaborateur de Martine ?
Y'a plus qu'a Orléans qu'on le croit. Et encore...
Rédigé par : Dino | 20/08/2009 à 17:08
Non laisse Marcel (Bouchon), la Kro c'est pour moi. Et je prendrais quelque chose de plus fort après, pour essayer de comprendre ce truc.
Rédigé par : H.K | 20/08/2009 à 16:43
L'héritage Delors
Au cimetière du Père Lachaise, fin 2003, Jacques Delors prononçait l'oraison funèbre de son collaborateur Yves Chaigneau : « En 1983, il a bien fallu faire le ménage ! » s'exclama-t-il, vindicatif . Il a bien fallu liquider toute cette gauche qui avait espéré : lui s'en est chargé sans trop de peine.
C'est du passé, en 2009 ?
Jacques Delors joue au scrabble en maison de retraite ?
Sauf que son héritage perdure, et pour plusieurs décennies.
L'héritage, d'abord, d'une Europe qui fonce à « 140 à l'heure » sur des rails libéraux.
L'héritage, ensuite, d'un Parti socialiste « qui agit dans l'Union européenne qu'il a non seulement voulue, mais en partie conçue et fondée » - comme le revendique sa dernière déclaration de principe. L'héritage, enfin, quant à la politique économique, d'une « rigueur » pour les travailleurs, malgré les « marges » réalisées par les entreprises.
Ce triple héritage est si peu conspué que c'est sa fille, Martine Aubry, qui a repris les rênes du Parti Socialiste. Et elle ne rompt pas avec le legs paternel : « C'est du populisme, pestait-elle en 2005, c'est ce qui a mené l'Italie d'autrefois à ce que l'on sait » - assimilant les « nonistes » aux fascistes. Et au nom du PS, contre le vote du peuple, elle soutient mordicus le traité de Lisbonne. Assorti, bien sûr, comme papa, d'un couplet sur « l'Europe sociale »...
Rédigé par : le grain de sable | 20/08/2009 à 14:03
T'es garé où JiPé ? Tu reprends un jaune ou on passe tout de suite à la Kro ?
Rédigé par : Marcel Bouchon | 20/08/2009 à 12:07
ROYAL avec sa "fraternité", AUBRY avec son post matérialisme ; Woody Allen a écrit ou dit "la masturbation c'est faire plaisir à quelqu'un qu'on aime. Alors et pas Delors, arrêtons ces jeux de mot et attaquons les vrais maux qui nous empoisonnent la vie et ouvrent un large boulevard à l'extrème droute qui rejoint l'ump. comme il s'agit de phrases, de paraphrases et de jeux de mots, Dostoievski écrivait dans son roman "Les Possédés" "Celui qui apprendra aux autres qu'ils sont tous bons changera la face de l'univers" C'est naîf, c'est pas catho, mais que les élu(e)s actuel(les) s'interrogent sur les conditions de vie de leurs concitoyens en ne pensant pas seulement à l'enveloppe que ces derniers mettront dans une urne,leur laissant (à ces élus), une certaine aisance de vie.
La raison n'est pas dans le Mot, elle est dans l'acte.
Rédigé par : rives | 20/08/2009 à 11:04
Tonnerre de Brest. La philosophie revient à gauche. Il était temps.
Et voilà posé quelques lignes précises d'un futur programme politique : accorder le repos dominical à tous les salariés. Interdire les publicités envahissantes à la périphérie des villes dans le cadre d'une loi d'aménagement de l'espace urbain, véritablement soucieuse de l'environnement des habitants. C'est cela le vrai développement durable ... et pas un tour à vélo une fois par an, et tout le reste de l'année gloire aux seuls marchands et à la consommation triomphante ...
Rédigé par : Haddock de La Source | 20/08/2009 à 10:12
C'est plutôt de bon augure que le PS se pose ce genre de question existentielle. Pour ce qui est des "ravages que produit la marchandisation croissante...", le constat est toutefois un peu modéré. L'auteur aurait pu parler de l'épuisement des ressources, de l'augmentation continue des quantités de déchets produites, des pollutions diverses, en particulier dans les pays qui manufacturent tous nos gadgets avec les impacts que l'on sait sur la santé, de la biodiversité qui s'étiole (et ça même chez nous), etc, etc...
Rédigé par : jeffounet | 20/08/2009 à 09:44
ca va faire fremir de bonheur le prolo tout ca ,decidement les socialistes ne sont que des grands bourgeois salonnards
Rédigé par : denieul gaston | 20/08/2009 à 09:41
On ne peut qu'abonder !
Rédigé par : al | 20/08/2009 à 02:56